Matériel & science

Surgrip ou grip de remplacement : c'est vraiment la même chose ?

Un grip de remplacement est 3 à 4 fois plus épais qu'un surgrip.

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Au rayon grips du magasin, les deux se ressemblent : des bandes à enrouler autour du manche. Pourtant l’un coûte trois fois plus cher que l’autre, et beaucoup de joueurs sont persuadés que c’est juste du marketing.

« Un surgrip ou un grip, c’est pareil. Prends le moins cher et enroule-le, ta raquette ne verra pas la différence. »

Coupe du manche comparant l'épaisseur d'un grip de remplacement (1,5 à 2 mm avec mousse) et d'un surgrip (0,4 à 0,6 mm), soit 3 à 4 fois plus épais

Le raccourci du rayon grips

Le mythe vient d’une vraie ressemblance : même geste de pose, même sensation de « neuf » sous la main. Alors pourquoi payer plus ? Sauf qu’un grip de remplacement fait environ 1,5 à 2 mm d’épaisseur, avec une couche de gomme et de mousse, tandis qu’un surgrip est un film de 0,4 à 0,6 mm — grosso modo 3 à 4 fois plus fin. Ce n’est pas une différence de gamme, c’est une différence de métier.

Pense à une chaussure : le grip de remplacement, c’est la semelle — il structure, il amortit, il définit la pointure. Le surgrip, c’est la chaussette — il gère le contact, absorbe la transpiration, et se change souvent. Personne n’irait courir en empilant trois chaussettes pour remplacer une semelle morte.

Ce que les mesures racontent sur ta main

La recherche a regardé les deux « métiers » séparément. Côté épaisseur : une étude sur des joueurs a mesuré l’activité électrique des muscles de l’avant-bras en faisant varier la taille du manche, et le résultat surprend — autour de la taille recommandée, une taille de plus ou de moins ne change pas grand-chose à l’effort musculaire. Autrement dit, ajouter un surgrip (environ une demi-taille) ne va ni te sauver ni te détruire l’avant-bras.

Côté surface, c’est une autre histoire. Les travaux sur la force de serrage ont montré qu’il existe un manche « optimal » qui laisse tenir la raquette en serrant moins fort ; et, sur le plan mécanique, plus la surface accroche, moins la main a besoin de crisper pour empêcher la raquette de glisser. Or serrer fort en permanence, c’est exactement le genre de contrainte répétée qu’on retrouve dans l’origine du tennis elbow. Un surgrip lisse et brillant t’oblige à serrer plus — et là, tu paies.

Reste l’amorti. Le choc de l’impact remonte du tamis vers le bras via le manche, surtout quand tu frappes hors du sweet spot. C’est la couche de mousse du grip de remplacement qui travaille sur ce terrain-là, pas le film du surgrip.

Le verdict : additionne, ne remplace pas

Le mythe est à moitié vrai : pour la sensation d’accroche au quotidien, oui, le surgrip suffit — et il coûte moins cher au change. Mais il ne remplace jamais le grip du dessous, dont la mousse s’aplatit lentement, comme un cordage perd sa tension sans prévenir.

Concrètement : garde un grip de remplacement sain comme fondation (change-le quand il est aplati ou déchiré, en pratique une à deux fois par an pour un joueur régulier — ordre de grandeur, pas règle gravée), et pose un surgrip par-dessus que tu renouvelles dès qu’il devient lisse. Un surgrip, pas trois : chaque couche épaissit le manche d’environ une demi-taille et arrondit les pans qui te servent de boussole pour orienter le tamis sans regarder. Ta chaussette, tu la changes souvent. Ta semelle, tu la respectes.

Questions fréquentes

Un surgrip peut-il remplacer un grip de remplacement usé ?

Non. Le surgrip ne fait que 0,4 à 0,6 mm : il gère la sueur et l'accroche, mais ne contient pas la couche de mousse amortissante du grip de base. Si ton grip d'origine est aplati ou déchiré, change-le, puis remets un surgrip par-dessus.

Combien de surgrips peut-on empiler ?

Un seul dans l'idéal, deux maximum. Chaque surgrip épaissit le manche d'environ une demi-taille : au-delà, tu arrondis les pans du manche et tu perds le repère d'orientation de la raquette dans la main.

À quelle fréquence changer son surgrip ?

Dès qu'il devient lisse ou brillant : c'est le signe que la surface n'accroche plus et que tu compenses en serrant plus fort. Pour un joueur régulier, ça peut vouloir dire toutes les 3 à 5 séances. Le grip de remplacement, lui, tient plusieurs mois.

Sources scientifiques

  1. Hatch, Pink, Mohr, Sethi & Jobe — The effect of tennis racket grip size on forearm muscle firing patterns, American Journal of Sports Medicine (2006) — Faire varier la taille du manche d'un quart de pouce autour de la taille recommandée ne modifie pas significativement l'activité électrique (EMG) des muscles de l'avant-bras.
  2. Rossi, Vigouroux, Barla & Berton — Potential effects of racket grip size on lateral epicondilalgy risks, Scandinavian Journal of Medicine & Science in Sports (2014) — Il existe un diamètre de manche optimal qui permet de tenir la raquette en serrant moins fort pendant la frappe, avec ou sans fatigue musculaire.
  3. Hennig, Rosenbaum & Milani — Transfer of tennis racket vibrations onto the human forearm, Medicine & Science in Sports & Exercise (1992) — Le choc et les vibrations de l'impact se transmettent de la raquette vers la main et l'avant-bras via le manche, et s'atténuent en remontant jusqu'au coude.

Notre règle : chaque carte s'appuie sur des travaux publiés. Si un chiffre est un ordre de grandeur (il varie selon les études), on te le dit dans le texte.

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