Santé & blessures
Le tennis use-t-il les articulations ou les protège-t-il ?
Le joueur de loisir a MOINS d'arthrose que le sédentaire du canapé
Le joueur de club a moins d’arthrose que le retraité du canapé. Voilà la phrase qui fait tousser au bord du court, parce qu’elle prend le mythe à contre-pied. On répète depuis toujours que le sport « bouffe les articulations ». Les études qui suivent des sportifs pendant des années racontent une histoire beaucoup plus surprenante.
« À force de taper, tu vas te flinguer les genoux »
C’est la petite phrase qu’on entend au vestiaire, souvent d’un joueur qui range sa raquette « pour préserver ses cartilages ».
« Le tennis, à mon âge, ça finit toujours par les genoux et les hanches. Chaque match, c’est un peu d’usure en plus. »
L’image est logique : une articulation, ça ressemble à une pièce mécanique, et une pièce qui frotte finit par s’user. Sauf que ton genou n’est pas un roulement à billes. C’est du vivant, et le vivant réagit à l’inverse d’une machine.
Ce que voient les chercheurs quand ils suivent les joueurs pendant 10 ans
Quand on compare, sur la durée, des sportifs de loisir à des personnes sédentaires, le résultat étonne : les pratiquants réguliers ont plutôt moins de problèmes d’articulations, pas plus.
La raison tient à un tissu bizarre : le cartilage, ce revêtement lisse au bout des os. Il n’a pas de vaisseaux sanguins pour le nourrir. Il fonctionne comme une éponge : quand tu marches, cours ou frappes, chaque appui le presse, il expulse un peu de liquide, puis se regorge de nutriments frais quand la pression relâche. Pas de mouvement = pas de « pompage » = un cartilage moins bien nourri.
Autrement dit, l’immobilité totale n’épargne pas l’articulation : elle l’affame. Le tennis de loisir, avec ses appuis répétés mais raisonnables, entretient au contraire toute la mécanique — muscles compris, et des cuisses solides sont le meilleur amortisseur du genou.
La vraie ligne de partage : la dose et les blessures
Alors le tennis est-il un vaccin anti-arthrose ? Non, et c’est là qu’il faut être honnête. Le risque existe, mais il se concentre à deux endroits précis.
- Le volume extrême. Le joueur de très haut niveau qui enchaîne des heures par jour pendant 15 ans, sur dur, sans vraie récupération, sort de la zone protectrice. Les changements de direction violents répétés à ce rythme finissent par compter.
- Les blessures mal soignées. C’est le facteur numéro un. Un ligament croisé rompu ou un ménisque abîmé multiplie le risque d’arthrose des années plus tard — bien plus que le tennis lui-même. C’est pour ça qu’on ne rejoue jamais à fond sur une articulation encore fragile, et qu’on se méfie de la surcharge chez les jeunes en pleine croissance.
Ce que j’en fais, concrètement : ne range pas ta raquette « pour préserver tes genoux », c’est l’inverse du bon calcul. Joue régulièrement mais renforce tes jambes, soigne complètement chaque blessure avant de reprendre, et surveille les douleurs qui durent — comme pour un tennis elbow, c’est le signal, pas le sport en soi, qu’il faut écouter.
Questions fréquentes
Si j'ai déjà mal aux genoux, je dois arrêter le tennis ?
Pas forcément arrêter, mais adapter. Une douleur qui dure plus de quelques jours, qui gonfle ou qui bloque l'articulation mérite un avis médical avant de continuer. En revanche, l'idée de « mettre le genou au repos total » est souvent une mauvaise piste : le cartilage se nourrit du mouvement, et l'inactivité l'affaiblit. La plupart du temps, la solution passe par du renforcement musculaire (des cuisses solides protègent le genou), une reprise progressive et parfois un ajustement du geste, pas par l'arrêt pur et simple.
Alors pourquoi entend-on autant d'histoires de genoux fichus chez les joueurs ?
Parce qu'on confond deux mondes. Les problèmes d'articulations concernent surtout les joueurs de très haut niveau, avec des volumes d'entraînement énormes pendant 15 ou 20 ans, et surtout ceux qui ont eu de vraies blessures : rupture de ligament, ménisque abîmé. C'est la blessure passée, bien plus que le tennis en lui-même, qui déclenche l'arthrose des années plus tard. Le joueur de club qui tape deux fois par semaine n'est pas dans cette catégorie.
À partir de combien de tennis ça devient risqué ?
Personne n'a de seuil précis, et méfie-toi des chiffres trop nets sur ce sujet. Ce qui ressort des études, c'est une forme de courbe : trop peu d'activité n'est pas bon, une pratique régulière et raisonnable est protectrice, et c'est seulement aux volumes extrêmes (pro qui enchaîne les heures quotidiennes, terrain dur en permanence, mauvaise récupération) que le risque remonte. Pour un amateur, le vrai danger n'est pas la dose, c'est de rejouer trop vite après une blessure mal soignée.
Sources scientifiques
- Alentorn-Geli E., Samuelsson K., Musahl V. et al. — The Association of Recreational and Competitive Running With Hip and Knee Osteoarthritis: A Systematic Review and Meta-analysis (J Orthop Sports Phys Ther, 2017;47(6):373-390) — les coureurs récréatifs présentent un taux d'arthrose de hanche/genou plus faible (3,5 %) que les sédentaires (10,2 %) ; le risque remonte chez les coureurs de compétition/élite à haut volume (13,3 %)
- Timmins K.A., Leech R.D., Batt M.E., Edwards K.L. — Running and Knee Osteoarthritis: A Systematic Review and Meta-analysis (Am J Sports Med, 2017;45(6):1447-1457) — l'activité physique modérée et régulière n'accélère pas l'usure du cartilage et pourrait avoir un effet protecteur : les coureurs ont une moindre prévalence d'arthrose du genou et environ 2× moins de recours à la chirurgie du genou pour arthrose (OR 0,46) que les non-coureurs ; le cartilage est nourri par la charge cyclique (mouvement)
- Whittaker J.L. et al. — Risk factors for knee osteoarthritis after traumatic knee injury: a systematic review and meta-analysis (OPTIKNEE Consensus, Br J Sports Med, 2022;56(24):1406-1421) — une blessure articulaire antérieure (rupture du ligament croisé, lésion méniscale) est un facteur de risque majeur d'arthrose du genou — un traumatisme du genou augmente nettement le risque (multiplié par plusieurs fois selon le type de lésion) —, bien plus déterminant que la simple pratique sportive
Notre règle : chaque carte s'appuie sur des travaux publiés. Si un chiffre est un ordre de grandeur (il varie selon les études), on te le dit dans le texte.
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