Santé & blessures

Mal de dos au tennis : pourquoi tes lombaires trinquent (et comment les protéger)

Près d'un joueur sur deux connaît un jour un mal de bas du dos

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Près d’un joueur sur deux croise un jour un mal de bas du dos. Logique : chaque service te cambre, te fait tourner et te penche sur le côté en même temps, et chaque défense t’oblige à freiner ton corps lancé. Sauf que l’endroit qui fait mal — tes lombaires — n’est presque jamais le vrai fautif. Le coupable se cache un cran plus haut, et la bonne nouvelle, c’est que ça se corrige avec quelques gestes simples.

Le vrai fautif est plus haut que la douleur

Ta colonne n’est pas un seul bloc. Le haut du dos (la zone dorsale, entre les omoplates) est conçu pour tourner ; le bas du dos (les lombaires) est conçu pour rester stable. Toute la puissance de ton service part de cette rotation du tronc, la même que dans la chaîne cinétique du service.

Schéma d'une colonne vertébrale : la zone dorsale raide et verrouillée en haut, les lombaires surmenées en rouge en bas

Le problème, c’est que le haut du dos s’enraidit vite quand on est souvent penché (écran, sac, position de garde). Or la rotation, il t’en faut quand même pour servir. Elle doit bien venir de quelque part : ce sont tes lombaires qui se tordent à la place du haut. Imagine une porte à trois charnières dont celle du milieu est rouillée : les deux autres forcent pour compenser, et finissent par s’user. Ton bas du dos, c’est la charnière qui trinque.

Ta routine en 4 gestes, dans le bon ordre

L’ordre n’est pas décoratif : on débloque le haut avant de stabiliser le bas, puis on renforce et on relâche. Compte une dizaine de minutes.

Frise en 4 étapes : débloquer le haut du dos, réveiller le gainage, renforcer en anti-rotation, relâcher les hanches, 2 à 3 fois par semaine

  1. Débloque le haut du dos. À quatre pattes, une main derrière la tête, ouvre le coude vers le plafond en tournant les épaules, sans bouger le bassin. Une dizaine de rotations de chaque côté. Tu redonnes au dorsal son rôle de « twisteur ».
  2. Réveille le gainage profond. Tiens une planche ventrale, corps bien aligné, sans creuser le bas du dos, 3 fois 20 à 30 secondes. Objectif : apprendre au tronc à rester solide, pas à faire des crunchs.
  3. Renforce en anti-rotation. Le Pallof press : un élastique attaché sur le côté, tu tends les bras devant toi en résistant à la torsion. C’est exactement l’effort que ton dos subit au service et sur les changements de direction.
  4. Relâche l’avant des hanches. Genou au sol en fente, pousse doucement le bassin vers l’avant. Des fléchisseurs de hanche courts tirent le bas du dos en cambrure : les détendre, c’est enlever une traction permanente.

Les fausses bonnes idées qui aggravent

Trois réflexes se retournent contre toi. Empiler les crunchs d’abord : ils travaillent la flexion, pas la stabilité, et martèlent des lombaires déjà chargées. Se cambrer toujours plus au service pour « chercher la puissance » ensuite : la puissance vient de la jambe et de la rotation, pas d’un dos plié en arc. Et porter une ceinture lombaire en continu : elle met tes stabilisateurs au repos, ils s’affaiblissent, et ton dos devient plus fragile sans elle. Ton vrai corset, c’est ton gainage — construis-le au lieu de le remplacer.

Le mal de dos qui doit t’envoyer voir un pro

La plupart des raideurs sont musculaires et passent en quelques jours. Mais certains signaux imposent une visite : une douleur d’un seul côté du bas du dos, qui empire quand tu te cambres en arrière et dure plus de deux ou trois semaines ; une douleur qui descend dans la fesse ou la jambe ; ou un dos qui te réveille la nuit. Chez un jeune joueur en pleine croissance, ce combo cambrure + rotation du service mérite d’autant plus de prudence. Dans le doute, un kiné du sport fait un bilan chiffré et te construit la routine adaptée à ton dos, pas à celui du voisin.

Questions fréquentes

La mobilité du haut du dos, ça change vraiment quelque chose pour mes lombaires ?

Oui, et c'est la clé la plus sous-estimée. Ta colonne dorsale (le haut du dos, entre les omoplates) est faite pour tourner ; tes lombaires, elles, sont surtout faites pour rester stables. Si le haut est raide, la rotation dont tu as besoin pour servir ou frapper doit bien venir de quelque part : ce sont tes lombaires qui se tordent à sa place, des milliers de fois par saison. Rendre le haut du dos plus mobile, c'est redonner à chaque étage son vrai rôle et soulager le bas.

Le gainage suffit-il à éviter le mal de dos ?

Le gainage aide beaucoup, mais mal fait il ne sert à rien. L'erreur classique est d'empiler les abdos type crunch : ça travaille surtout la flexion, pas la stabilité dont ton dos a besoin en jeu. Ce qui protège vraiment, c'est le gainage qui apprend à ton tronc à NE PAS bouger pendant que les bras et les jambes, eux, bougent : planche tenue, exercices d'anti-rotation. C'est exactement ce qui se passe au service et en défense.

Je peux continuer à jouer avec un mal de dos ?

Ça dépend du type de douleur. Une raideur diffuse des deux côtés, qui s'échauffe et disparaît après quelques jeux, est le plus souvent musculaire et tolère de jouer léger. En revanche une douleur pointue d'un seul côté du bas du dos, qui empire quand tu te cambres en arrière au service, doit te faire lever le pied et consulter. Le service qui cambre et tourne le dos en même temps est justement le geste le plus à risque.

Faut-il porter une ceinture lombaire pour jouer ?

Pas en prévention, non. Une ceinture peut dépanner ponctuellement sur une douleur aiguë, mais la porter en permanence met tes muscles stabilisateurs au chômage : ils s'affaiblissent, et ton dos devient plus fragile une fois la ceinture enlevée. Le vrai « corset », c'est ton gainage. Mieux vaut le construire que le remplacer par une sangle.

Sources scientifiques

  1. Isokinetic Magazine (2025), revue « Low Back Pain and Tennis: Strategies to Stay in the Game » ; cf. aussi Fu M.C. et coll., « Epidemiology of injuries in tennis players », Current Reviews in Musculoskeletal Medicine (2018) — la lombalgie est l'une des plaintes les plus fréquentes au tennis : prévalence de l'ordre de 30 à 50 % au cours de la carrière chez les joueurs de haut niveau, et prévalence à vie estimée jusqu'à 54-86 % selon les études (ordre de grandeur, très variable selon l'âge et le niveau)
  2. Campbell A., Straker L., O'Sullivan P., Elliott B., Reid M. (2013), « Lumbar Loading in the Elite Adolescent Tennis Serve: Link to Low Back Pain », Medicine & Science in Sports & Exercise, 45(8):1562-1568 — au service, le bas du dos combine extension (cambrure), rotation et flexion latérale au moment du pic de force verticale ; cette combinaison de mouvements concentre une charge élevée sur les vertèbres lombaires et se retrouve associée aux antécédents de lombalgie chez les jeunes joueurs de haut niveau
  3. Littérature en préparation physique / rééducation — rôle de la mobilité thoracique et du gainage anti-rotation dans la prévention des lombalgies — un déficit de mobilité de la colonne dorsale (thoracique) est souvent invoqué pour expliquer une sollicitation compensatoire accrue des lombaires (rationnel mécanique, causalité non formellement démontrée) ; le renforcement du gainage / contrôle du tronc est associé à une meilleure stabilité lombaire, notamment dans la lombalgie chronique

Notre règle : chaque carte s'appuie sur des travaux publiés. Si un chiffre est un ordre de grandeur (il varie selon les études), on te le dit dans le texte.

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