Tactique & data
Changement de côté au tennis : que faire pendant les 90 secondes du banc ?
Sur un match en 3 sets, le banc peut cumuler plus de 10 minutes : les pros ne les gaspillent jamais
Regarde un joueur de tennis pro au changement de côté : il ne « se repose » pas, il exécute un programme. Serviette, gorgée, regard dans le vide, parfois un œil sur ses notes, et il se lève souvent avant l’annonce de l’arbitre. Rien n’est laissé au hasard, parce que ces 90 secondes reviennent après chaque série de deux jeux : sur un match en trois sets, mises bout à bout, elles peuvent dépasser les 10 minutes. C’est énorme — et la plupart des joueurs de club les passent à ruminer le jeu qu’ils viennent de perdre.
Pourquoi le banc vaut de l’or (version express)
Le tennis est un sport intermittent : des efforts brefs et intenses, entrecoupés de pauses. Ton niveau en fin de match dépend beaucoup de ce que tu fais pendant ces pauses. Assis, ta fréquence cardiaque redescend nettement et tes jambes soufflent ; debout à râler, beaucoup moins. Et côté tête, les chercheurs qui ont observé les joueurs de haut niveau (notamment Jim Loehr, pionnier du sujet) ont remarqué que les meilleurs suivent des routines mentales très structurées pendant les temps morts — exactement comme les routines d’avant-service, mais en version 90 secondes.
Pense au banc comme à un stand de Formule 1 : la course ne se gagne pas pendant l’arrêt, mais un arrêt raté peut la faire perdre.
Ton protocole en 4 étapes
- Assieds-toi tout de suite (0-15 s). Marche vite vers le banc, pose-toi. Chaque seconde debout à discuter avec toi-même est une seconde de récupération perdue. Le banc d’abord, les émotions ensuite.
- Souffle long, puis bois (15-45 s). Respire en allongeant l’expiration — par exemple inspire sur 3-4 temps, expire sur 6. Cette expiration longue active le « frein » de ton corps (le système parasympathique) et aide ton cœur à ralentir plus vite. Profites-en pour boire quelques gorgées à chaque passage, sans attendre d’avoir soif ; et si le match s’annonce long, c’est aussi le bon moment pour les glucides.
- Tourne la page (45-70 s). Serviette sur la tête ou regard posé sur ton cordage : c’est le rituel de clôture. Les deux jeux précédents sont terminés, tu ne peux plus rien y changer. Ce reset volontaire évite d’embarquer ta frustration dans le jeu suivant — c’est précisément quand on rumine que la pression fait dérailler les gestes.
- Choisis UNE consigne et lève-toi le premier (70-90 s). Pas un plan de bataille complet : une seule phrase actionnable (« je sers sur son revers », « je monte sur les balles courtes »). Puis lève-toi avant l’appel du temps : tu repars en décidant, pas en subissant.
Les pièges du banc
Le premier piège, c’est le film du jeu perdu : tu repasses la double faute en boucle, ton corps reste tendu, ton cœur reste haut, et tu retournes sur le court fatigué ET sans plan — le pire combo. Le deuxième, c’est le téléphone ou le regard vers les copains en bord de court : ton attention part faire un tour et met du temps à revenir. Le troisième, plus sournois : vouloir tout corriger d’un coup. Le banc n’est pas une séance vidéo ; trois consignes à la fois, c’est zéro consigne. Dernier piège, l’inverse du premier : expédier la pause en 20 secondes « pour garder le rythme » alors que tu es cuit. Le rythme, tu le garderas mieux avec un cœur redescendu.
Quand te faire aider
Si malgré une routine bien rodée tu exploses régulièrement après un jeu perdu — raquette qui vole, matchs qui basculent sur un nuage de frustration — c’est le signe qu’il faut travailler la gestion émotionnelle avec ton coach, voire un préparateur mental. Construire une routine de changement de côté personnalisée est un exercice classique et rapide à mettre en place : deux ou trois séances suffisent souvent pour transformer tes 90 secondes de rumination en 90 secondes d’avance sur l’adversaire.
Questions fréquentes
Pourquoi le changement de côté au tennis dure-t-il 90 secondes ?
C'est la règle officielle : à chaque changement de côté (après les jeux impairs), les joueurs disposent de 90 secondes, sauf après le premier jeu du set et pendant le tie-break, où on change de côté sans s'asseoir. Entre les sets, la pause monte à 120 secondes. Ces fenêtres existent justement pour permettre de récupérer : autant les utiliser à fond.
Faut-il vraiment s'asseoir, même si je n'ai pas l'impression d'être fatigué ?
Oui, dans la grande majorité des cas. Assis, ton cœur redescend plus vite et tes jambes se reposent, même si tu ne sens rien sur le moment : la fatigue en match s'accumule en silence et se paie au troisième set. La seule exception classique, c'est quand tu es en pleine série de jeux gagnés et que tu veux garder ton rythme : certains joueurs préfèrent alors rester dans leur bulle debout. Mais par défaut, assieds-toi.
À quoi je pense pendant ces 90 secondes ?
À trois choses, dans l'ordre : d'abord rien (tu respires, tu bois), ensuite tu clos le chapitre des deux jeux précédents, enfin tu choisis UNE consigne simple pour la suite, du genre « je joue haut sur son revers » ou « premier coup après le service vers le coup faible ». Une seule. Si tu repars avec quatre idées en tête, tu n'en appliqueras aucune.
Et si mon adversaire traîne exprès sur le banc pour casser mon rythme ?
Ne te laisse pas embarquer dans son tempo : déroule ta propre routine, ni plus vite ni plus lentement. S'il dépasse clairement les 90 secondes de façon répétée, en compétition tu peux le signaler à l'arbitre ou au juge-arbitre. Mais le meilleur antidote reste d'avoir ta routine à toi : celui qui a un plan est beaucoup moins perturbable que celui qui attend.
Sources scientifiques
- Kovacs M. — Tennis physiology: training the competitive athlete. Sports Medicine, 2007;37(3):189-198 — le tennis alterne efforts courts et pauses codifiées (dont les 90 s du changement de côté), et la qualité de la récupération pendant ces pauses influence la performance en fin de match
- Loehr J. — routines entre les points (« 16-second cure ») et gestion des temps morts chez les joueurs de haut niveau, Mental Toughness Training for Sports (1986) — les meilleurs joueurs suivent des routines mentales structurées pendant les temps morts (relâchement, puis préparation du point suivant), contrairement aux joueurs moins performants
- Fernandez-Fernandez J., Sanz-Rivas D., Mendez-Villanueva A. — A Review of the Activity Profile and Physiological Demands of Tennis Match Play. Strength and Conditioning Journal, 2009;31(4):15-26 — la fréquence cardiaque en match se situe à 60-80 % du max et redescend pendant les phases de repos (récupération passive entre les jeux), ce qui aide à maintenir l'intensité sur la durée
- Laborde S. et al. — Effects of voluntary slow breathing on heart rate and heart rate variability: a systematic review and a meta-analysis. Neuroscience & Biobehavioral Reviews, 2022;138:104711 — une respiration lente augmente l'activité vagale (système parasympathique, le « frein » du corps) et favorise le retour au calme cardiaque ; l'expiration allongée est le levier théorique privilégié
Notre règle : chaque carte s'appuie sur des travaux publiés. Si un chiffre est un ordre de grandeur (il varie selon les études), on te le dit dans le texte.